Réponse à l’article publié dans le journal SudOuest

Le Cercle des Ostéopathes du Pays Basque a souhaité bénéficier d’un droit de réponse à l’article paru le 22/04/14 dans le journal Sud-Ouest : « La guerre chez les ostéopathes ». N’ayant pas été nommément cité dans cet article, ce droit de réponse n’a pas été retenu pour Le Cercle des Ostéopathes. Celui-ci souhaite cependant éclairer les lecteurs sur les problématiques de fond soulevées dans l’article cité, en divulguant d’une manière ou d’une autre ce qui suit.

Depuis les années 1980, qui marquent l’uniformisation de l’enseignement de l’ostéopathie dans certaines écoles de France, la durée des études est de 5 à 6 ans.

Publiés en 2007, les décrets, relatifs à la loi de mars 2002 réglementant la formation et l’exercice de l’ostéopathie :

  • ont maintenu pour les ostéopathes, selon ce texte de loi, le statut de praticien de premier contact, « de première intention ».

Cependant, contre toute attente des organisations représentatives de la profession, de certaines écoles,  et nonobstant leurs recommandations précises en matière de formation, ces décrets :

  • ont réduit le volume horaire « préconisé » des études et ont ainsi permis la mise en place de formations de courte durée.

Certaines écoles choisissent alors de suivre les décrets en instaurant des formations sur 3 ans. Ce choix délibéré et a minima reste incompréhensible car il ne peut que porter in fine préjudice au patient.

Devant cette situation, pour le moins incohérente et défiant toute logique :

  • un certain nombre d’écoles ont conservé le volume horaire déjà en place et le format initial d’études sur 5 ans/6ans, avec l’octroi du diplôme soumis à la rédaction d’un mémoire de fin d’études. Dans certains cas s’ajoute une sixième année dite professionnalisante. Parmi ces écoles, quelques-unes se sont associées à des universités françaises et européennes pour délivrer des diplômes de niveau Master (RNCP niveau 1)
  • les syndicats représentatifs de la profession et le Registre des Ostéopathes de France (ROF) ont continué à promouvoir auprès des pouvoirs publics un cycle long de la formation, sur 5 ans minimum, instaurant en parallèle le label de « praticien à haut niveau de formation et exerçant uniquement l’ostéopathie ».

Ces choix, dictés avant tout par le souci de préserver la sécurité des patients, répondaient aux exigences, déjà bien connues auparavant, de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et publiées dans un rapport en 2010. Selon ce rapport intitulé «  Benchmarks for training in osteopathy » le format recommandé pour la formation initiale doit comporter au minimum 4200 heures dont 1000 heures de pratique et de clinique supervisées, voir le texte précis.

Dès 2008 des ostéopathes du Pays Basque ont jugé essentiel de se regrouper au sein de l’association du Cercle des Ostéopathes du Pays Basque pour continuer à promouvoir une formation de haut niveau de compétence,  pour l’exercice d’une profession à haut niveau de responsabilité.

Pour rappel, l’association du Cercle des Ostéopathes du Pays Basque, constituée sous le régime Loi 1901 a notamment pour but de:

  • promouvoir l’ostéopathie exclusive, (exercée de manière exclusive). Pourquoi ? Les décrets de 2007, en vigueur à ce jour, permettent d’exercer conjointement à l’ostéopathie une autre activité du domaine de la santé. En optant pour un seul « exercice à part entière » l’ostéopathe permet au patient d’avoir une bonne lisibilité sur la nature exacte de son activité voire l’importance de celle-ci et évite ainsi toute confusion. De surcroît, lorsque l’ostéopathie est exercée en parallèle à une autre activité, voire de manière occasionnelle, elle risque, comme tout métier qui utilise la main, au fil du temps et faute d’une pratique très régulière, de devenir dangereuse. Dans le meilleur des cas l’ostéopathie perd de son efficacité.
  • organiser des projets ostéopathiques bénévoles. Des consultations bénévoles pour les enfants handicapés sont assurées toute l’année par les ostéopathes du « Cercle » au dispensaire situé à la maison de l’Enfance et de la Famille à Anglet. Le cercle des ostéopathes a participé au festival « le temps d’aimer », au téléthon 2012.

Ses critères d’adhésion nécessitent  pour les postulants :

– d’être titulaire d’un D.O : Diplôme d’Ostéopathie obtenu dans une école agréée à l’issue d’une formation initiale à l’ostéopathie de 4500h minimum ou d’une formation à l’ostéopathie en temps partiel, pour les professionnels de santé, d’au moins 1800h avec un mémoire de fin d’études, […]

Pourquoi un mémoire ? Le mémoire présente plusieurs intérêts et notamment celui :

  • de constituer une revue de la littérature portant sur tel ou tel sujet ostéopathique,
  • ou encore d’évaluer l’efficacité d’un traitement de tel ou tel cas clinique.

Le mémoire constitue donc une évaluation des pratiques indispensable pour renforcer la crédibilité des ostéopathes dans le monde de la santé dans lequel ils sont parties prenantes. Il n’y a pas de métier et/ou même de « produits » qui puissent, aujourd’hui, échapper aux évaluations.

Pourquoi un cycle long de formation? Pourquoi tirer vers le haut ? Certaines écoles amènent déjà les futurs diplômés au niveau Master, celui-ci, par définition, ne peut s’obtenir en trois ans. Par ailleurs seul l’étalement des études sur un cycle long permet d’acquérir l’expérience clinique requise pour la prise en charge de patients. Expérience ne rime pas avec compression du temps. La « pratique »  ne se résume pas seulement à des exercices entre étudiants. La « clinique supervisée » ne se résume à la simple observation de l’étudiant. Le patient ne doit pas être confié à un étudiant, si encadré soit-il, avant que ce dernier n’ait solidement assimilé ses connaissances théoriques de sciences fondamentales. Sans ses connaissances, l’étudiant serait voué à devenir un technicien exécutant (soumis à prescription pour exercer), et sans celles-ci le patient deviendrait cobaye.

Le rapport de l’OMS précise d’ailleurs, pour chaque année, le volume horaire de clinique supervisée, celui-ci devient important à partir de la 3° année et est encore plus conséquent en 4° année du cursus.

Les problématiques évoquées en introduction sont bien celles des conséquences directes d’une expérience clinique, acquise en si peu de temps, sur la qualité de prise en charge des patients.

Les problématiques concernent également le niveau hétérogène des formations dont le patient, en premier lieu, en subira, automatiquement les conséquences.

Il est légitime de se demander :

  • quels objectifs réels sont recherchés avec  les formations de cycle court ?
  • quels intérêts servent-elles ?
  • in fine et surtout que devient le patient ?

Plus récemment, le ministère de Marisol Touraine, dans la continuité du rapport sur l’état des lieux des formations en France établi par l’IGAS,  et publié en 2012, a décidé de revoir l’ensemble des décrets :

  • face à la pléthore des écoles (plus d’écoles en France que dans le reste du monde entier), c’est une cause assurée de chômage pour les futurs professionnels les moins bien formés. Selon la dernière étude du SFDO publiée en avril, « 20134 » ostéopathes seraient en exercice en France au 1° janvier 2014,
  • face au niveau très hétérogène des formations, délivrant pourtant le même diplôme, quelles que soit le nombre d’années d’études, et qui ne permet pas, de fait, aux patients d’être éclairés sur la compétence exacte du praticien  auquel ils s’adressent.

Le Cercle des Ostéopathes du Pays Basque reste confiant et persuadé que les nouveaux décrets seront à la hauteur de ses ambitions et de ses exigences, auxquelles les millions de patients qui ont recours à l’ostéopathie, les étudiants, les parents d’étudiants et les Pouvoirs Publics ne peuvent que souscrire.

Publicités